Il y a longtemps que je t’aime

Il y a un cinéma Jean-Charles Tacchella, un style qui s’est imposé avec l’énorme succès de «Cousin cousine», une manière impressionniste de rassembler sur un écran les mille et un détails qui font la vie et caractérisent la petite bourgeoisie française. Comme les autres films de Tacchella, « Il y a longtemps que je t’aime » est une peinture douce amère, tendre et aiguë un couple en crise.Il y a longtemps que je t'aime François et Brigitte ont derrière eux vingt-cinq ans de mariage, trois enfants et quelques petits enfants. Ils s’aiment bien, mais d’un commun accord, ont décidé de se séparer, de vivre enfin leur vie et de faire l’expérience séduisante de la liberté. Lui, interprété par un Jean Carmel en pleine forme, choisit la bohème. Une nuit passé chez l’un, une nuit chez l’autre. L’aventure, loin de son atelier de serrurerie, au gré des passants, au gré du cœur. Elle, qui a le charme distingué de Marie Dubois, est plus sage. Elle continue à travailler dans le prêt à porter. Elle s’autorise une amourette avec un cinéphile, mais tout en restant très maîtresse de ses sentiments. Et, tout autour de ces deux oiseaux quadra et quinquagénaires échappés de leur cage, la famille et les amis s’inquiètent, organisent des rencontres ou même leur font la morale. Avec Jean-Charles Tacchella, cette promenade dans un Paris très quotidien a des allures de redécouverte. Les passants deviennent touchants et même intéressants. Du cinéma léger, mais l’air de rien, du sacré cinéma.

Au nom du peuple italien

Sans que cela soit péjoratif, Dino Risi est sans doute le plus « léger » des cinéastes de sa génération. Entendons par là qu’il a plus souvent fait œuvre d’amuseur que de pamphlétaire. C’est pourquoi ce film, profondément politique, n’a pas connu le même succès que ses autres œuvres.Au nom du peuple italien Méconnu, «Au nom du peuple italien» n’en reste pas moins un repaire dans le cinéma de la dernière décennie. Il n’est d’ailleurs pas sans rappeler une célèbre histoire judiciaire française qui, à ce jour, n’a pas encore connu son épilogue. Initialement, ce scénario imaginé par le tandem Age-Scarpelli devait s’appeler » Face à face » car il met en scène deux visages de la société italienne un juge (bien sûr au dessus de tout soupçon, interprété par Tognazzi) et un corrupteur (Vittorio Gassman). Maniaque de l’honnêteté, le juge Bonifazi compense la modestie de son train de vie par les pouvoirs illimités que lui confère sa charge de magistrat. Il lutte contre tous ceux que l’on appelle «les puissants» : les fraudeurs, les industriels, les promoteurs. Enquêtant sur la mort d’une jeune fille, il s’aperçoit qu’un important homme d’affaires, Lorenzo Santenocito, a de sérieuses raisons d’être impliqué dans ce meurtre. Bien connu pour ses tentatives de corruption, Santenocito, apparaît très vite aux yeux du juge comme le suspect numéro un. Tous ses alibis sont réfutés systématiquement par l’homme de loi. Possédant pourtant la preuve de l’innocence de l’industriel, Bonifazi poursuit le combat qu’il a engagé. Il fait arrêter l’industriel elle met en prison. Ainsi, le juge prouve sa supériorité face au pouvoir de l’argent. En condamnant ce «puissant», il estime avoir fait œuvre de salubrité publique. Son idéal politique l’emportant sur la morale judiciaire. Assez mal reçu en Italie, ce film qui n’exclut pas non plus l’humour de son propos, a malheureusement prouvé plusieurs fois que la fiction rejoignait souvent la réalité. A conseiller à tous ceux qui se sont passionnés pour l’affaire de Bruay-en-Artois.

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