jan 04

Trapèze

TrapèzeCe film de Carol Reed (« Le troisième homme ») séduit par son trio de stars au sommet de leur forme. Lancaster, à 43 ans, s’apprêtait à tourner « Règlement de comptes à OK Corral » et « Elmer Gantry le charlatan ». Tony Curtis, du haut de ses 41 ans, allait être la vedette des « Vikings » et de « Certains l’aiment chaud ». Entre les deux Américains, Gins Lollobrigida, la pulpeuse Italienne, venait de tourner deux « Pain, amour et… » Avant d’aborder deux films marquants de sa carrière « Notre-Dame de Paris » et « Salomon et la reine de Saba ». Le plaisir de voir ces trois « monstres » s’affronter fait oublier le ridicule de ce mélo vaudevillesque à quatre sous où deux hommes, deux amis trapézistes, sont montés l’un contre l’autre par une malveillante ambitieuse. Le fait que leurs règlements de compte sentimentaux se passent au dessus du vide, en plein numéro de trapèze volant, ajoute peu de piment à la chose. Carol Reed, qui a tourné son film au Cirque d’Hiver, à Paris, décrit avec un certain talent le petit monde du cirque, ses complicités et ses petites mesquineries. Burt Lancaster, qui est le coproducteur du film, est lui aussi particulièrement à l’aise et crédible dans ce cirque, puisqu’il fut trapéziste avant de devenir acteur.

Les jours et les nuits de China Blue

Voici (sur un sujet tabou la perversion sexuelle) le film le plus choquant et le plus hilarant de Ken Russell. Le film a été censuré et largement amputé aux États-Unis. Il est interdit dans plusieurs pays. En France — vive Intolérance — nous pouvons voir la version intégrale. Au centre du film, Kathleen Turner (superbe créature découverte dans « La fièvre au cœur » de Lawrence Kasdan et qui s’est imposée comme une authentique comédienne comique dans « A la poursuite du diamant vert » et « Le diamant du Nil ») interprète Joanna Crane. Dessinatrice de mode le jour, froide et inabordable, Joanna est le type même de la collaboratrice zélée et ambitieuse dont rêve tout patron. Mais Joanna est une sorte de Dr Jekyll et Mr Hyde en bas-résille. La nuit, coiffée d’une perruque blonde et de robes agi-chantes, elle devient China Blue, une prostituée très particulière qui arpente les rues chaudes de Los Angeles et joue pour ses clients… leurs ultimes fantasmes. Deux hommes vont entrer dans la vie de Joanna/China Blue un détective amateur et un prédicateur fou. « Les jours et les nuits de China Blue » est un grand-guignol du sexe qu’on se prend en pleine figure (la scène d’amour avec le flic fait très mal). A visionner quand les enfants sont couchés.

jan 04

Le renard

Mark RydellMark Rydell, qui signera plus tard « The Rose » avec Bette Midler, réalisa à la fin des années 60, en pleine époque de « libération sexuelle », cette adaptation très correcte de « The fox », longue nouvelle écrite par D.H. Lawrence en 1922, six ans avant « Lady Chatterley ». Les images de forêt ont été filmées au Canada, dans la région de Toronto. Jill et Ellen, deux jeunes lesbiennes, vivent dans une ferme isolée, Ellen (Anne Heywood) accomplit les besognes les plus « masculines », tandis que la douce Jill (Sandy Dennis) se réserve les tâches du ménage et de la cuisine. Leur élevage de poules leur assure de quoi vivre, mais un renard vient régulièrement décimer les volatiles. Et puis survient un marin en permission, Paul (Keir Dullea, l’astronaute de « 2001 »), plus dangereux encore que le renard… En inversant la fable de la Fontaine « Deux coqs vivaient en paix/une poule survint… ». Le film de Mark Rydell mêle une tension dramatique, soutenue par l’atmosphère oppressante de la forêt, et quelques scènes érotico-sensuelles qui firent beaucoup d’effet à l’époque. Le temps a passé, rien ne fait plus scandale, reste un spectacle remarquablement joué et mis en scène.