déc 27

Noces de sang

A la base, il y a la pièce de Federico Garcia Lorca, « Noces de sang ». Lors d’un mariage andalou, Leonardo, homme marié, s’enfuit avec celle qui va en épouser un autre. Le fiancé les poursuit et les rattrape. Sous les yeux de la jeune femme, les deux hommes se livrent à un duel à mort et se plantent mutuellement leur couteau, leur «navaja», en plein cœur. Juste avant qu’ils rendent leur dernier soupir, la jeune mariée embrasse les deux hommes. De la pièce à été tiré un ballet : une chorégraphie signée Antonio Gades, dansée par Gades et sa troupe. Une œuvre à la fois très moderne et très ancrée dans la tradition folklorique espagnole. Enfin le ballet a été mis en film par Carlos Saura. A des lieues de son habituel cinéma fantasmatique («Cria cuervos», «La cousine Angélique», «Maman a cent ans», etc.), mais avec une modestie très documentaire, Saura construit son «Noces de sang» en deux parties.Noces de sang D’abord la répétition qui permet de se familiariser avec les personnages et montre l’extraordinaire travail d’Antonio Gades et de ses danseurs. Puis, dans un second temps, le ballet lui même que Carlos Saura ne se contente pas de filmer, mais auquel il participe avec toute la sensualité et la mobilité de sa caméra. Le résultat de cette triple rencontre est un grand moment de cinéma, de danse, de littérature espagnole (bien qu’il n’y ait pas un seul mot du texte de Lorca) et, tout simplement, d’Espagne. Sur l’écran, l’âme d’un peuple s’exprime par le mouvement, la sensualité et ses grands mythes culturels.

déc 10

Le docteur Jivago

Avouons-le, le roman de Boris. Pasternak, tout Prix Nobel de littérature soit-il, est un gros pavé par moments indigeste. Il faut s’accrocher. Le film de David Lean, lui, est totalement accessible et immédiat.., même s’il simplifie et trahit un peu l’œuvre. Revu et corrigé par David Lean, le cinéaste du «Pont de la rivière Kwaï» et de « Lawrence d’Arabie« ,docteur Jivago «Le docteur Jivago» est devenu une gigantesque histoire d’amour sur fond de Première Guerre mondiale et de révolution soviétique. Youri Jivago rencontre la belle Lara. Plusieurs fois, elle traversera sa vie jusqu’à ce que la passion les rassemble et leur fasse oublier, un moment, la tourmente historique qui les entoure. Avec plus de trois ans de préparation et de tournage, David Lean a construit, dans l’espace de l’écran large, des scènes et des images somptueuses. Qui pourrait oublier l’enterrement de la mère de Youri Jivago au début du film, ou la course folle du train emmenant Jivago à travers la Russie enneigée, ou encore la sobre grandeur d’une manifestation étudiante. Mais Lean ne fait pas seulement dans le déplacement de foule, de figurants et les grands espaces. Autour de Lara, à laquelle Julie Christie donne une aura étonnante, il sait aussi créer des intimités touchantes. Ce film apporte tous les plaisirs du -cinéma à grand spectacle.

Trois frères

A la fin des années 70, l’Italie connaissait un climat de violence, de crise sociale et économique. Francesco Rosi, un des cinéastes italiens les plus directement politiques, ne pouvait que témoigner de cet état de choses. Francesco Rosi a signé des fictions presque documentaires comme « Mains basses sur la ville » ou «L’affaire Mattei». «Trois frères» est une œuvre beaucoup plus symbolique, voire même onirique. Trois fils reviennent dans la ferme familiale pour enterrer leur mère. Leur père les y attend : un homme de 80 ans, serein et solitaire, finissant sa vie, dans une campagne du sud italien, au rythme de la nature. Tous trois débarquent de la ville, avec leurs problèmes professionnels, personnels ou familiaux. Rocco est instituteur à Naples dans un centre pour jeunes délinquants, Raphaël est juge à Rome et s’est vu confier l’instruction du procès des assassins d’un de ses collègues. Il ressent, pour lui et les siens; le problème aigu de l’insécurité. Le troisième frère, Nicolas, est ouvrier dans une usine de Turin. Il vit séparé de sa femme et a dès ennuis dans son travail à cause de ses actions syndicales. Se retrouvant dans la chambre de leur jeunesse, les trois frères parlent d’eux et de leur vie. Le père revoit dans les songes celle qui vient de le quitter. Film attachant, «Trois frères» est are œuvre mosaïque qui témoigne, non sans optimisme, sur la réalité italienne contemporaine.