jan 24

Les informations sur Starman

Le 20 avril 1 977, les terriens (les Américains, pour être précis) envoyèrent la sonde Voyager 2 dans les espaces lointains avec, à son bord, un appel à toute forme de vie et une invitation à visiter notre planète… John Carpenter imagine qu’un E.T. a accepté l’invitation et doit se rendre à l’évidence : les militaires et les scientifiques ne sont pas aussi hospitaliers que le sous-entendait le message. En revanche, le brave et anonyme quidam se montre nettement plus tolérant. Un E.T., gentil et balourd, tombe à côté d’une ferme et prend l’apparence du défunt mari de la propriétaire du lieu. Le premier moment de surprise passé, celle-ci s’attache au visiteur et décide de l’aider à rejoindre son vaisseau qui l’attend à deux mille kilomètres de là.

StarmanLe sujet rappelle un, peu (et même beaucoup !) celui du film de Steven Spielberg. Mais Carpenter connaît suffisamment le cinéma (il l’a prouvé avec des films comme « Halloween » ou « New York 1997 ») pour éviter le piège du plagiat. Son « Starman » joue la carte de la fuite pleine de tendresse et d’humour, un peu à la manière du « New York-Miami » de Frank Capra, avec Clark Gable et Claudette Colbert. Il s’offre pourtant quelques solides scènes de courses-poursuites, où la tôle froissée ne manque pas. La grande surprise du film reste cependant la transformation de l’extra-terrestre en humain, réalisée par trois des plus grands maîtres des effets spéciaux et du maquillage : Dick Smith (« Au-delà du réel »), Rick Baker (« Greys-toke ») et Stan Winston (« Terminator »).

jan 13

Le masque de la mort rouge

En 1917, deux jeunes Américains de famille bourgeoise, Larry et Gray, partent pour le front comme brancardiers-volontaires. Très perturbé par le spectacle des atrocités de la Grande Guerre, Larry ne rentre pas chez lui, renonce à son mariage avec Isabel et reste à Paris. Pour aller plus près de la vraie vie, il devient mineur dans le nord de la France, puis fait un long voyage en Inde pour aller aux sources de la mystique. Il se transforme radicalement tandis qu’aux États-Unis, sa famille et ses amis subissent les Tchao Pantinbouleversements de la crise de 1929. La ruine, la maladie, les accidents frappent ce petit monde qui se retrouve à Paris. Larry tente de sauver Sophie, l’amie d’Isabel, devenue droguée et prostituée. Le pari de John Byrum, en adaptant une nouvelle fois le célèbre roman de Somerset Maugham, a été de confier le rôle principal à Bill Murray, habitué des emplois de clown (« Les bleus », « SOS fantômes »…). L’acteur s’y révèle un excellent interprète dramatique (un peu comme Coluche dans « Tchao Pantin ») et sa partenaire Theresa Russell (« Une nuit de réflexion ») est aussi remarquable.

Enfin, la reconstitution du Paris des années 20 est toujours convaincante, sans jamais tomber dans le ridicule… Il y a eu « La chute de la maison Usher » en 1960, « La chambre des tortures » (d’après « Le puits et le pendule ») en 1 961, « L’enterré vivant » en 1962, « L’empire de la terreur » (rassemblant trois nouvelles « Morella », « Le chat noir » et « L’étrange cas de Mr Valdemar ») en 1962, « Le corbeau » (librement adapté du poème) en 1963, « La malédiction d’Arkham » (plus Lovecraft que Poe) en 1963 et puis ce « Masque de la mort rouge » en 1964, immédiatement suivi du très étonnant « La tombe de Ligeia » en 1965 ! Déjà quelques uns de ces films sont disponibles en vidéocassettes. On attend avec impatience le jour où l’on pourra afficher « œuvres complètes ». Car la rencontre Edgar Poe-Roger Corman est un grand moment si l’on aime le cinéma fantastique. Corman, en écran large et couleur, donne à voir tout un univers d’arbres morts, de brumes, de rideaux cramoisis, de couloirs labyrinthiques, de cryptes poussiéreuses et de personnages dévorés par des folies intérieures tout droit surgies de chez Freud. Corman et ses opéras macabres, pleins de pulsions d’amour et de mort, vous assurent une belle visite guidée au pays du macabre et de l’inconscient !

« Le masque de la mort rouge » est — sinon la plus subtile — du moins la plus riche des adaptations de Poe par Corman. Le Prince Prospero — interprété par l’unique et inévitable Vincent Price — se retire dans son château pour fuir l’épidémie de mort rouge qui frappe la contrée. Derrière ses remparts, Prospero organise des fêtes sataniques où la cruauté et la mort sont de mise… Photographié par (le futur cinéaste) Nicholas Roeg, « Le masque de la mort rouge » offre quelques scènes visuellement grandioses : la fuite de Prospero à travers les sept salles de couleurs différentes, notamment. Un classique qui a su rester du vrai cinéma d’émotions et de divertissement.

jan 04

A la recherche de Mr. Goodbar

A la recherche de M GoodbarJeune femme bien élevée, issue d’un milieu catholique, éducatrice dans une école pour enfants sourds, Theresa fréquente, la nuit tombée, les « single bars » des quartiers louches — ces bars pour célibataires où les rencontres sont faciles. Vertu le jour, débauche la nuit : telle est sa vie jusqu’à la rencontre de Tony (Richard Gere), un jeune voyou qui s’incruste, et la fait chanter… Ceci n’est pas une nouvelle version de « Dr Jekyll et Mr Hyde »! Rien de manichéen dans ce portrait d’une fille d’aujourd’hui, juste un peu paumée et sévèrement handicapée par une éducation rigide. Diane Keaton, maîtrisant son rôle avec une générosité rayonnante, nous le fait comprendre le temps et l’énergie que Theresa consacre à ses élèves handicapés, elle les sacrifie avec autant de bonne volonté à sa recherche de « Mr Goodbar », de l’oiseau rare, pas seulement la bonne affaire sexuelle. Elle se donne sans arrière-pensée, en quoi elle est sympathique. On regrette seulement que le film de Brooks reste aussi moralisateur et lourdement psychanalytique, d’autant plus que le dénouement prend une allure de péroraison puritaine — c’est dommage !

La route des Indes

Metteur en scène de « Lawrence d’Arabie » et de « Docteur Jivago », l’Anglais David Lean, qui n’avait pas tourné depuis quinze ans, évoque ici l’Inde coloniale des années 20. Une jeune Anglaise (Judy Davis) débarque à Chandra pore pour rendre visite à son fiancé, jeune magistrat rigide, en compagnie de la mère de celui- ci (la savoureuse Peggy Ashcroft, Oscar du second rôle). Un Indien, le docteur Aziz, les invite à un pique-nique malgré la réprobation générale. Que se passe-t-il au cours de cette promenade dans la montagne ? Toujours est-il que la jeune fille s’enfuit en accusant le médecin d’avoir tenté de la violer. Le procès qui va s’ensuivre, exploité par les mouvements nationalistes, va exacerber les sentiments anti-anglais de la population. Bref, cette énigme policière et psychologique d’une pesante ambiguïté se déroule dans le climat explosif d’un régime colonial finissant qui donne une résonnance impressionnante à cette nouvelle fresque de David Lean — remarquablement interprétée par la si anglaise Judy Davis et le surprenant acteur indien Victor Banerjee, sans oublier Sir Alec Guinness en gourou !

jan 04

Subway

Aux derniers Césars, « Subway » a récolté toutes les nominations possibles et imaginables. Sauf le second rôle féminin.., mais il n’y en a pas dans le film. A l’arrivée, seul Christophe Lambert a vraiment été couronné, recevant ainsi un « diplôme d’amour » de la profession — et indirectement du public. « Subway » souffre d’un scénario trop ambitieux et pas assez abouti, peut-être parce que très élagué au montage final. Besson place ses personnages dans un lieu clos et laisse venir… Il sait filmer une scène mais est moins à l’aise en conteur d’histoire. « Subway » est un événement parce que le film réunit quatre « stars » et quelques tempéraments. Côté stars, il y a Adjani qui a une présence de Joconde et une beauté de Botticelli-punk qui convient plus à la couverture d’un magazine de mode qu’à un film où ça bouge et parle.

Adjani

Mais son personnage d’Héléna, chargé de susciter l’amour fou, convient parfaitement à son genre d’hiératisme séducteur. Côté stars, il y aussi Jean-Hughes Anglade, le « roller », encore très bourgeon dans ce film, mais qui explosera dans le « 37 ° 2 le matin » de Beineix qu’il a tourné l’année suivante. Côté stars, il a Fred, alias Christophe Lambert, blond, balafré et complètement fêlé. Une nouvelle fois, Lambert donne à son personnage une emphase physique et émotionnelle qui vous saisit comme un ouragan. La dernière star, c’est le métro devenu une gigantesque résidence secondaire, pour les échappés de la nuit, un palais de couloirs labyrinthiques et de portes cachées ouvrant sur d’autres univers. Il se passe toujours quelque chose dans le métro… Il y a aussi les « tempéraments », ces rôles secondaires qui donnent son atmosphère au film : Richard Bohringer, Michel Galabru, Jean-Pierre Bacri, Jean Bouise, etc. Avec tout cela, on se fiche un peu que l’intrigue ressemble à un polar-western de second ordre !

jan 04

La chair et le sang

La chair et le sangA la fin du Moyen-âge, à l’aube de la Renaissance, quelque part en Europe… Une bande de soudards mercenaires participe au siège d’une ville puis, au moment du pillage tant attendu, ils sont chassés par leur employeur, désarmés et dispersés par les troupes régulières. Dénichant par hasard une statue de Saint-Martin, ils y voient un signe du destin et, conduits parus prêtre fanatique et sans scrupules, décident de se venger. Ils attaquent un convoi et s’emparent d’une princesse qui était promise au fils du seigneur qui les a grugés. Forts de cet otage, ils vont commencer leur irrésistible ascension… Voilà décidément un film historique pas comme les autres ! La cruauté, la violence et le cynisme remplacent ici les idéaux de la chevalerie et autres fariboles héroïques c’est dire que Paul Verhoeven a plus de chance d’être proche de la vérité… Finis les feux communs qui nous firent rêver quand Hollywood régnait sans partage. Le réalisateur hollandais de ce « Flesh and blood », très à l’aise dans les scènes de bataille et de saccage, nous offre surtout une vision originale d’une époque où la civilisation émergeait à peine de la sauvagerie. Quant à l’érotisme, il est cru et sans concession : le rôle d’Agnès (Jennifer Jason Leigh) sort de l’ordinaire !

La comtesse aux pieds nus

La comtesse aux pieds nusIl pleut sur un cimetière italien. La caméra s’avance, glissant doucement vers une statue blanche, qui représente une très belle femme aux pieds nus. La comtesse qui vient de mourir, c’était Maria Vargas. Autour de sa tombe, les acteurs et témoins du drame vont évoquer la vie passionnée de cette star d’Hollywood qui aura, toute sa vie, cherché le Prince Charmant… « La comtesse aux pieds nus » reste un véritable film-culte pour les cinéphiles. D’abord à cause de sa construction audacieuse : une série de flashes-back qui partent de l’enterrement de l’héroïne et qui racontent sa vie avec des chassés-croisés, rompant subtilement avec la chronologie. Ensuite, à cause du glamour irrésistible d’Ava Gardner, et à cause de la lucidité désespérée de Bogey dans le rôle du metteur en scène qui sera toujours son ami le plus intime. Enfin, parce que c’est le monde fascinant du cinéma qui est le thème principal de cette œuvre superbe, qu’on ne se lasse pas de voir…

jan 04

Trapèze

TrapèzeCe film de Carol Reed (« Le troisième homme ») séduit par son trio de stars au sommet de leur forme. Lancaster, à 43 ans, s’apprêtait à tourner « Règlement de comptes à OK Corral » et « Elmer Gantry le charlatan ». Tony Curtis, du haut de ses 41 ans, allait être la vedette des « Vikings » et de « Certains l’aiment chaud ». Entre les deux Américains, Gins Lollobrigida, la pulpeuse Italienne, venait de tourner deux « Pain, amour et… » Avant d’aborder deux films marquants de sa carrière « Notre-Dame de Paris » et « Salomon et la reine de Saba ». Le plaisir de voir ces trois « monstres » s’affronter fait oublier le ridicule de ce mélo vaudevillesque à quatre sous où deux hommes, deux amis trapézistes, sont montés l’un contre l’autre par une malveillante ambitieuse. Le fait que leurs règlements de compte sentimentaux se passent au dessus du vide, en plein numéro de trapèze volant, ajoute peu de piment à la chose. Carol Reed, qui a tourné son film au Cirque d’Hiver, à Paris, décrit avec un certain talent le petit monde du cirque, ses complicités et ses petites mesquineries. Burt Lancaster, qui est le coproducteur du film, est lui aussi particulièrement à l’aise et crédible dans ce cirque, puisqu’il fut trapéziste avant de devenir acteur.

Les jours et les nuits de China Blue

Voici (sur un sujet tabou la perversion sexuelle) le film le plus choquant et le plus hilarant de Ken Russell. Le film a été censuré et largement amputé aux États-Unis. Il est interdit dans plusieurs pays. En France — vive Intolérance — nous pouvons voir la version intégrale. Au centre du film, Kathleen Turner (superbe créature découverte dans « La fièvre au cœur » de Lawrence Kasdan et qui s’est imposée comme une authentique comédienne comique dans « A la poursuite du diamant vert » et « Le diamant du Nil ») interprète Joanna Crane. Dessinatrice de mode le jour, froide et inabordable, Joanna est le type même de la collaboratrice zélée et ambitieuse dont rêve tout patron. Mais Joanna est une sorte de Dr Jekyll et Mr Hyde en bas-résille. La nuit, coiffée d’une perruque blonde et de robes agi-chantes, elle devient China Blue, une prostituée très particulière qui arpente les rues chaudes de Los Angeles et joue pour ses clients… leurs ultimes fantasmes. Deux hommes vont entrer dans la vie de Joanna/China Blue un détective amateur et un prédicateur fou. « Les jours et les nuits de China Blue » est un grand-guignol du sexe qu’on se prend en pleine figure (la scène d’amour avec le flic fait très mal). A visionner quand les enfants sont couchés.

jan 04

Le renard

Mark RydellMark Rydell, qui signera plus tard « The Rose » avec Bette Midler, réalisa à la fin des années 60, en pleine époque de « libération sexuelle », cette adaptation très correcte de « The fox », longue nouvelle écrite par D.H. Lawrence en 1922, six ans avant « Lady Chatterley ». Les images de forêt ont été filmées au Canada, dans la région de Toronto. Jill et Ellen, deux jeunes lesbiennes, vivent dans une ferme isolée, Ellen (Anne Heywood) accomplit les besognes les plus « masculines », tandis que la douce Jill (Sandy Dennis) se réserve les tâches du ménage et de la cuisine. Leur élevage de poules leur assure de quoi vivre, mais un renard vient régulièrement décimer les volatiles. Et puis survient un marin en permission, Paul (Keir Dullea, l’astronaute de « 2001 »), plus dangereux encore que le renard… En inversant la fable de la Fontaine « Deux coqs vivaient en paix/une poule survint… ». Le film de Mark Rydell mêle une tension dramatique, soutenue par l’atmosphère oppressante de la forêt, et quelques scènes érotico-sensuelles qui firent beaucoup d’effet à l’époque. Le temps a passé, rien ne fait plus scandale, reste un spectacle remarquablement joué et mis en scène.