sept 16

Ma femme est une sorcière

Ma femme est une sorcièreTransplanté à Hollywood pendant la seconde Guerre mondiale, le futur académicien René Clair y trouva un climat propice à sa fantaisie et à sa légèreté et, s’adaptant parfaitement au système de travail des grands studios, y tourna une série de film fantastico-humoristiques, dont «Fantôme à vendre», «C’est arrivé demain» et «Ma femme est une sorcière». Pour celui-ci, il engagea la merveilleuse Veronika Lake, la séduisante cover-girl qui doit une grande part de sa renommée à l’originalité de sa coiffure, de cette mèche blonde qui lui cachait un œil en mettant l’autre en valeur. Elle incarne ici une sorcière réincarnée qui enfreint les bis de sa confrérie en tombant amoureuse d’un politicien (le digne Fréderic March) qu’elle épousera après avoir déployé tous ses pouvoirs magiques pour contrecarrer la cérémonie et compromettre l’élection du malheureux complètement déconcerté. Un spectacle agréable, souriant spirituellement dialogué et finement joué.

Le rebelle

Le rebelleIssu d’un milieu très modeste, Pierre Jouffroy aurait pu connaitre la destinée de la part des garçons de sa génération et de sa classe vivre, après une période de révolte très tôt dissipée, une existence médiocre, grise et soumise. Mais il est d’une autre race. Celle des battants. Pour lui et pour sa jeune sœur, dont il a la charge depuis la mort de ses parents, il imagine d’autres horizons que ceux délimités par les HLM de Maisons-Alfort. Alors, il «se débrouille»… S’il refuse le travail, s’il vole et s’il casse, c’est parce qu’il est habité par une sorte de révolte primitive, instinctive. La conservation avant tout, voilà son leitmotiv, son cri de guerre. Il refuse les conciliations, les compromissions avec la société de son temps. Aucun discours moral ou politique (un copain tente de l’embrigader dans les Jeunesses communistes) n’a de prise sur lui. Pierre ira jusqu’au bout de sa rébellion pour survivre. Implacable engrenage de la violence. Il ira jusqu’au meurtre pour venir à bout de son idéal. Car Pierre est bel et bien un idéaliste dans toute sa naïveté. Ses gestes criminels lui apparaissent comme nécessaires à sa survie et à celle de sa sœur qu’il aime plus que tout au monde… Une nouvelle fois, Gérard Blain trace sans lyrisme, sans emphase un merveilleux portrait de révolté, de solitaire. Mais avant tout, et comme dans ses précédents films « Le pélican » ou « Le second souffle » il nous raconte, avec une certaine froideur apparente, une merveilleuse histoire d’amour, le meilleur du film est sans doute là, dans ces moments où il décrit, sans sensiblerie, les sentiments qui lient un frère à une sœur. Il donne à ces instants d’affection un poids de vérité d’une grande justesse Son «Rebelle» a un cœur d’artichaut. Une œuvre admirable et méconnue. Deux bonnes raisons de la découvrir.

sept 03

Le fantôme, ma femme et moi

Inédite en salles, cette comédie fantastique italienne (le titre original est «La casa stregata») est une très agréable surprise. Pourtant, à la base, on avait de quoi être inquiet. Renato Pozzetto est, de l’autre côté des Alpes, le grand comique national. Une sorte de Coluche qui aurait perdu sa verve iconoclaste. Pozzetto, c’est le genre grassouillet, sérieux comme un pape. Tout dans le masque. En France, on l’a peu vu, principalement dans «Je suis photogénique» de Dino Risi. Quant à sa partenaire, la blonde et fort aguichante Gloria Guida, ses principales références pour le public français sont des comédies légèrement érotiques style «La lycéenne est dans les vaps». Le prétexte du film est simple : un employé de banque et sa jeune épouse s’installent dans une somptueuse demeure habitée par un fantôme qui les empêche de… consommer leur mariage. Bruno Corbucci construit un divertissement solide où les gags sont soutenus par des effets spéciaux très séduisants. Le fantôme farceur à une sacrée façon de faire tout, voler quand il joue du violoncelle, de vider la piscine quand on y plonge ou de faire exploser les voitures. Alors que le jeune couple, malgré la présence de belle maman, n’a qu’une idée fixe «fasciamo l’amore», le fantôme invente tous les tours possibles pour arriver à ses fins. Corbucci fait dans le cinéma populaire. Il n’en a pas honte. Son film sait exploiter les situations comiques sans s’y attarder. L’ensemble est rythmé, solide et quelquefois même caractéristique à l’égard du climat de violence de l’Italie contemporaine : la banque où travaille Pozzetto n’arrête pas d’être attaquée… Ce qui finit par créer une complicité entre employés et malfaiteurs.