Ma femme est une sorcière

Ma femme est une sorcièreTransplanté à Hollywood pendant la seconde Guerre mondiale, le futur académicien René Clair y trouva un climat propice à sa fantaisie et à sa légèreté et, s’adaptant parfaitement au système de travail des grands studios, y tourna une série de film fantastico-humoristiques, dont «Fantôme à vendre», «C’est arrivé demain» et «Ma femme est une sorcière». Pour celui-ci, il engagea la merveilleuse Veronika Lake, la séduisante cover-girl qui doit une grande part de sa renommée à l’originalité de sa coiffure, de cette mèche blonde qui lui cachait un œil en mettant l’autre en valeur. Elle incarne ici une sorcière réincarnée qui enfreint les bis de sa confrérie en tombant amoureuse d’un politicien (le digne Fréderic March) qu’elle épousera après avoir déployé tous ses pouvoirs magiques pour contrecarrer la cérémonie et compromettre l’élection du malheureux complètement déconcerté. Un spectacle agréable, souriant spirituellement dialogué et finement joué.

Le rebelle

Le rebelleIssu d’un milieu très modeste, Pierre Jouffroy aurait pu connaitre la destinée de la part des garçons de sa génération et de sa classe vivre, après une période de révolte très tôt dissipée, une existence médiocre, grise et soumise. Mais il est d’une autre race. Celle des battants. Pour lui et pour sa jeune sœur, dont il a la charge depuis la mort de ses parents, il imagine d’autres horizons que ceux délimités par les HLM de Maisons-Alfort. Alors, il «se débrouille»… S’il refuse le travail, s’il vole et s’il casse, c’est parce qu’il est habité par une sorte de révolte primitive, instinctive. La conservation avant tout, voilà son leitmotiv, son cri de guerre. Il refuse les conciliations, les compromissions avec la société de son temps. Aucun discours moral ou politique (un copain tente de l’embrigader dans les Jeunesses communistes) n’a de prise sur lui. Pierre ira jusqu’au bout de sa rébellion pour survivre. Implacable engrenage de la violence. Il ira jusqu’au meurtre pour venir à bout de son idéal. Car Pierre est bel et bien un idéaliste dans toute sa naïveté. Ses gestes criminels lui apparaissent comme nécessaires à sa survie et à celle de sa sœur qu’il aime plus que tout au monde… Une nouvelle fois, Gérard Blain trace sans lyrisme, sans emphase un merveilleux portrait de révolté, de solitaire. Mais avant tout, et comme dans ses précédents films « Le pélican » ou « Le second souffle » il nous raconte, avec une certaine froideur apparente, une merveilleuse histoire d’amour, le meilleur du film est sans doute là, dans ces moments où il décrit, sans sensiblerie, les sentiments qui lient un frère à une sœur. Il donne à ces instants d’affection un poids de vérité d’une grande justesse Son «Rebelle» a un cœur d’artichaut. Une œuvre admirable et méconnue. Deux bonnes raisons de la découvrir.

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