avr 15

Retour sur Sang pour sang (blood simple)

Sang pour sangA coup sûr, voici un des films les plus étonnants des dernières années. Amateurs d’insolite, vous vous régalerez avec ce thriller mystérieux, cocktail d’humour et d’épouvante. Au départ, un cadavre qui disparaît : il s’ensuivra le plus invraisemblable enchaînement de quiproquos et de malentendus qu’on ait vu dans une série noire. Entre le détective privé-tueur à gages qui prétend qu’il a tué, celui qui fait disparaître les traces d’un crime qu’il n’a pas commis en croyant innocenter sa femme, les scènes de grand guignol se succèdent (avec l’inévitable mort récalcitrant qui refuse de se laisser enterrer et qu’il faut achever à coups de pelle !). On s’achemine vers le clou du spectacle : la jeune femme poursuivie par le méchant et porcin détective privé (extraordinaire M. Emmet Walsh) et qui finira par lui « épingler » la main au couteau à travers l’embrasure d’une fenêtre. Le tout sur quelques allègres refrains, nerveusement filmé par une caméra qui multiplie les angles bizarres, avec des couleurs vives et contrastées, a tout ce qu’il faut pour devenir un « film-culte ».

Le flic de Beverly Hills

Le flic de Beverly Hills« L’as des as » version US. Un policier fait sur mesure pour Eddie Murphy, cantonné à tout jamais dans les rôles de Noir drôle et sympathique qui bouscule les conventions vis-à-vis des Blancs. Axel Fowley (Eddie Murphy) est policier. Envoyé sur une piste à Beverly Hills par un concours de circonstances que je me garderais bien de vous raconter, il se trouve entraîné dans une série de péripéties burlesques. Le talent d’Eddie Murphy porte le film, comme il portait déjà « 48 heures » ou « Un fauteuil pour deux ». Le phénomène Murphy aux Etats-Unis marche fort. Il marche fort en France également. Il faut reconnaître que le cocktail explosif humour-insolence-irrévérence et l’impossible dégaine d’Eddy Murphy en font un acteur tout à fait exceptionnel.

mar 28

Série noire pour une nuit blanche

Série noire pour une nuit blancheJohn Landis, c’est « Blues Brothers » et « Un fauteuil pour deux »… Cette belle carte de visite montre que le monsieur a fait de jolis prodiges dans le style « crazy-dingo-dingo »! Ici, il récidive en plaçant un bouquet de pétards sous le siège du spectateur. Un brave insomniaque récupère, lors d’une de ses errances nocturnes, une jeune femme poursuivie par des tueurs iraniens.

Pourquoi, peu importe. Les pauvres tueurs ne faisant pas mouche à tout coup, les cadavres commencent à pleuvoir dans les rues nocturnes de Los Angeles… L’intrigue est ultra simple deux innocents fuient devant la menace mortelle et tentent de trouver du secours, avant de se défendre eux-mêmes. Mais John Landis s’intéresse plus aux clins d’œil et aux délires dont il ponctue son récit qu’a l’intrigue policière elle-même. Le cinéphile est gâté puisqu’un tas de petits rôles sont interprétés par ses copains réalisateurs Paul Mazursky, Roger Vadim, Don Siegel, Paul Bartel, Daniel Petrie, David Cronenberg, Jim Henson, Jack Arnold, etc. et Landis lui-même dans le rôle d’un tueur.

John Landis adore les gimmicks explosifs, style bandes dessinées ou dessins animés. Là, il s’en donne à cœur joie et fait tout subir à son étonnant couple vedette : la « craquante » Michelle (« Ladyhawk ») Pfeiffer et le « cool » Jeff (« Silverado ») Goldblum.

Police academy 2

Avec le succès remporté par « Police academy I », les scénaristes n’ont pas tardé à rempiler… Cette fois-ci la réalisation est signée Jerry Paris, la plupart des acteurs du I réapparaissent et c’est reparti pour un tour dans l’univers débridé des policiers d’un Los Angeles en folie. « Où sont les anges ? » I Les « cops » sont nuls, abrutis, inefficaces, stupides, ridicules et accessoirement drôles. « Police academy » est aux USA ce que le « Gendarme de St-Tropez » est à la France. Pour cela, on n’a vraiment rien à envier aux amis américains. Les gags se percutent à la sortie, on n’a pas crémant le temps de respirer ni de s’ennuyer. De quoi passer un bon moment de détente et de rigolade en évitant de se poser des questions.

mar 16

Péril en la demeure

Péril en la demeureDavid (Christophe Malavoy) est professeur de musique. Engagé dans une maison bourgeoise pour donner des leçons de guitare à la grande fille (Anas Jeanneret, qui ne montre pas encore ses jolis seins ici comme dans « Lui » ou « Un été 36 »), il se laisse séduire par la mère, Julia (Nicole Garcia). Julia lui fait des avances et le poursuit jusque chez lui, ce qui nous vaut quelques scènes d’amour dénuées de toute hypocrisie (comme le prouve l’affiche du film, qui causa son petit scandale).
David redoute cependant les réactions du mari, manifestement ombrageux et jaloux (Michel Piccoli), d’autant plus qu’il est agressé en rentrant chez lui… et secouru de justesse par un curieux personnage (Richard Bohringer) qui lui offre son amitié ambiguë. David rencontre encore l’extravagante voisine de la famille (Anémone). Il découvre bientôt un complot, une préméditation de meurtre, et une adolescente moins innocente qu’il ne l’aurait cru… Le tout compose un film insolite, comme le cinéma français n’en propose pas souvent — bien qu’il soit, justement, extraordinairement « français ».

Lune de miel

Lune de mielParce que son Richard Berry de mari se retrouve en prison à New York pour une sombre affaire de cocaïne, Cécile (Nathalie Baye) est menacée d’expulsion. Une seule solution pour rester aux côtés du dealer pas doué et emprisonné contracter un mariage blanc. L’élu du hasard et de la nécessité inscrit sur la liste de l’agence matrimoniale spécialisée est un certain Zach Freestamp (John Shea), un inconnu qui devrait le rester. Mais Zach ne va pas se contenter d’enfreindre la loi de l’anonymat, il va carrément se prendre pour le légitime de Cécile allant même jusqu’à s’installer chez elle… D’abord furieuse, puis agacée, puis calmée et même sous le charme étrange de ce mari « acheté », Cécile, seule à New York et très paumée, va peu à peu découvrir la vraie nature de Zach.

Celui-ci développe au fil du film un comportement névrotique de plus en plus marqué Norman Bates alias Perkins in « Psychose »… L’affaire va vite tourner au cauchemar. Bon suspense pour un film bilingue jouant sur plus d’un tableau référentiel : Hitchcock, Welles, etc. John Shea est trouble et crédible. Dommage que Nathalie Baye accentue un peu trop le côté pile électrique de son personnage. En plus sobre, elle aurait été parfaite et le film y aurait gagné en malaise.

fév 21

Retour sur le fameux 2010

2001, l'odyssée de l'espaceDepuis 2001, le vaisseau américain Discovery tourne autour d’une lune de Jupiter après que l’ordinateur de bord Hal 9000 se soit détraqué et ait refusé d’obéir au commandant Bowman. Qu’est-il devenu ? Une mission part en direction de Jupiter pour repérer le vaisseau. Où l’on retrouve Hal 9000 et ses sinistres messages…
Si «2001, l’odyssée de l’espace», le chef-d’œuvre de Kubrick jouait sur le mystère et se gardait bien d’apporter des réponses rationnelles à des questions qui ne l’étaient pas, « 2010 » tente de répondre aux questions. Il n’est pas sûr que « 2001 » méritait une suite. Cela dit, « 2010 » évite les pièges simplistes et garde l’esprit « 2001 » dans la poésie et le mystère. Pas étonnant : tout comme « 2001, l’odyssée de l’espace », « 2010 » est tiré du fantastique roman de Arthur C. Clarke, le maître incontesté de la science-fiction.

Swordkill

Au Japon, en plein 16e siècle, un intrépide samouraï combat une bande de brigands. Ceux-ci enlèvent sa femme. Il se lance à leur poursuite et, au moment où il va la délivrer, un des bandits tue sa bien-aimée sous ses yeux. Fou de rage et de douleur, il s’élance sur le meurtrier mais, blessé par traîtrise, il est précipité dans les eaux glacées du fleuve. 400 ans plus tard, un couple de promeneurs découvre son corps parfaitement conservé. Celui-ci est envoyées Californie, dans un institut de cryologie dernier cri, et le samouraï ressuscite ! Cette fois encore, il n’a pas de chance. Obligé de trucider un voleur de sabre, il doit s’enfuir et toutes les polices le recherchent. Heureusement, une jeune femme spécialiste du japonais va l’aider de son mieux… Le choc des époques et des civilisations à travers l’aventure extraordinaire de ce guerrier transplanté dans un monde dont il ne connaît rien est le prétexte d’un film remarquable, qui a bien mérité son Prix de la critique au Festival du Rus 1986 ! On vous recommande particulièrement la scène où le samouraï vient au secours d’un ancien combattant noir agressé par des loubards.
Fantastique !

fév 09

Phase IV

Phase IVPhase 1 : un signal venu de l’espace déclenche des phénomènes étranges chez les fourmis. Phase 2 : à proximité de « tours » érigées par des fourmis, deux scientifiques attendent dans un dôme métallique aménagé en laboratoire ultramoderne. Phase 3 : une communication et un duel s’engagent entre les fourmis et les scientifiques. Phase 4: le futur. Réalisé par le grand maître américain du générique de film (il a travaillé pour Hitchcock, Preminger et de nombreux autres géants hollywoodiens), Saul Bass est passé, avec « Phase IV », au long métrage. Son film, d’une rare intelligence et d’une étonnante beauté visuelle, ne ressemble à rien de connu. Nous sommes autant dans la science-fiction que dans l’épouvante et l’onirisme. Les fourmis vont prendre possession de la terre… Mais ces insectes là ne sont pas en carton-pâte ou en marionnette mal articulée.

Saul Bass a tout filmé en macro-caméra et nous plonge dans des fourmilières d’une manière vertigineuse. Son film est d’autant plus traumatisant que l’on ne doute pas une minute de l’authenticité de sa description. Il faut voir ces fourmis face au poison jaune pulvérisé par les humains. D’abord elles meurent, puis s’adaptent génétiquement… « Phase IV » est un vrai film de science-fiction, d’auteur et de poète. A ne pas manquer et à regarder en faisant « marcher » ses méninges !

Lifeforce, l’étoile du mal

Ça commence comme « Alien »… on se dit encore ! L’équipe d’un vaisseau spatial découvre, dans un Ovni, des sarcophages transparents contenant le corps d’humanoïdes. Une fois ramenés sur terre, les aliens reprennent vie et se révèlent de redoutables vampires de l’espace. Soudain le film de Tobe Hooper trouve un souffle inquiétant et séduisant. Tobe Hooper (qui réalisa « Massacre à la tronçonneuse » ou « Poltergeist ») est un réalisateur particulièrement sensible au démoniaque, à la folie et à la cruauté. Dans « Lifeforce », il s’en donne à cœur joie pour vous traumatiser, notamment en confiant à la jeune et belle actrice française Mathilda May un personnage de fille de l’espace dont le baiser vous vide de toute substance vitale et vous laisse comme une peau de fruit vide… Pour traquer les envahisseurs et découvrir la raison de leur venue sur terre, Scotland Yard enquête. Le film prend alors une coloration très sixties, renvoyant à tout ce cinéma anglais produit par la fameuse Hammer Films et les firmes concurrentes. Les vampires de l’espace créent rapidement une véritable hystérie collective et les rues de Londres tournent à la folie pure… Après « Gorgo » et « Les monstres de l’espace », une nouvelle fois, la capitale de la Reine Elizabeth et de Big Ben en prend plein la respectabilité et les monuments historiques. La mise à sac vaut le détour !

jan 24

Les informations sur Starman

Le 20 avril 1 977, les terriens (les Américains, pour être précis) envoyèrent la sonde Voyager 2 dans les espaces lointains avec, à son bord, un appel à toute forme de vie et une invitation à visiter notre planète… John Carpenter imagine qu’un E.T. a accepté l’invitation et doit se rendre à l’évidence : les militaires et les scientifiques ne sont pas aussi hospitaliers que le sous-entendait le message. En revanche, le brave et anonyme quidam se montre nettement plus tolérant. Un E.T., gentil et balourd, tombe à côté d’une ferme et prend l’apparence du défunt mari de la propriétaire du lieu. Le premier moment de surprise passé, celle-ci s’attache au visiteur et décide de l’aider à rejoindre son vaisseau qui l’attend à deux mille kilomètres de là.

StarmanLe sujet rappelle un, peu (et même beaucoup !) celui du film de Steven Spielberg. Mais Carpenter connaît suffisamment le cinéma (il l’a prouvé avec des films comme « Halloween » ou « New York 1997 ») pour éviter le piège du plagiat. Son « Starman » joue la carte de la fuite pleine de tendresse et d’humour, un peu à la manière du « New York-Miami » de Frank Capra, avec Clark Gable et Claudette Colbert. Il s’offre pourtant quelques solides scènes de courses-poursuites, où la tôle froissée ne manque pas. La grande surprise du film reste cependant la transformation de l’extra-terrestre en humain, réalisée par trois des plus grands maîtres des effets spéciaux et du maquillage : Dick Smith (« Au-delà du réel »), Rick Baker (« Greys-toke ») et Stan Winston (« Terminator »).

jan 13

Le masque de la mort rouge

En 1917, deux jeunes Américains de famille bourgeoise, Larry et Gray, partent pour le front comme brancardiers-volontaires. Très perturbé par le spectacle des atrocités de la Grande Guerre, Larry ne rentre pas chez lui, renonce à son mariage avec Isabel et reste à Paris. Pour aller plus près de la vraie vie, il devient mineur dans le nord de la France, puis fait un long voyage en Inde pour aller aux sources de la mystique. Il se transforme radicalement tandis qu’aux États-Unis, sa famille et ses amis subissent les Tchao Pantinbouleversements de la crise de 1929. La ruine, la maladie, les accidents frappent ce petit monde qui se retrouve à Paris. Larry tente de sauver Sophie, l’amie d’Isabel, devenue droguée et prostituée. Le pari de John Byrum, en adaptant une nouvelle fois le célèbre roman de Somerset Maugham, a été de confier le rôle principal à Bill Murray, habitué des emplois de clown (« Les bleus », « SOS fantômes »…). L’acteur s’y révèle un excellent interprète dramatique (un peu comme Coluche dans « Tchao Pantin ») et sa partenaire Theresa Russell (« Une nuit de réflexion ») est aussi remarquable.

Enfin, la reconstitution du Paris des années 20 est toujours convaincante, sans jamais tomber dans le ridicule… Il y a eu « La chute de la maison Usher » en 1960, « La chambre des tortures » (d’après « Le puits et le pendule ») en 1 961, « L’enterré vivant » en 1962, « L’empire de la terreur » (rassemblant trois nouvelles « Morella », « Le chat noir » et « L’étrange cas de Mr Valdemar ») en 1962, « Le corbeau » (librement adapté du poème) en 1963, « La malédiction d’Arkham » (plus Lovecraft que Poe) en 1963 et puis ce « Masque de la mort rouge » en 1964, immédiatement suivi du très étonnant « La tombe de Ligeia » en 1965 ! Déjà quelques uns de ces films sont disponibles en vidéocassettes. On attend avec impatience le jour où l’on pourra afficher « œuvres complètes ». Car la rencontre Edgar Poe-Roger Corman est un grand moment si l’on aime le cinéma fantastique. Corman, en écran large et couleur, donne à voir tout un univers d’arbres morts, de brumes, de rideaux cramoisis, de couloirs labyrinthiques, de cryptes poussiéreuses et de personnages dévorés par des folies intérieures tout droit surgies de chez Freud. Corman et ses opéras macabres, pleins de pulsions d’amour et de mort, vous assurent une belle visite guidée au pays du macabre et de l’inconscient !

« Le masque de la mort rouge » est — sinon la plus subtile — du moins la plus riche des adaptations de Poe par Corman. Le Prince Prospero — interprété par l’unique et inévitable Vincent Price — se retire dans son château pour fuir l’épidémie de mort rouge qui frappe la contrée. Derrière ses remparts, Prospero organise des fêtes sataniques où la cruauté et la mort sont de mise… Photographié par (le futur cinéaste) Nicholas Roeg, « Le masque de la mort rouge » offre quelques scènes visuellement grandioses : la fuite de Prospero à travers les sept salles de couleurs différentes, notamment. Un classique qui a su rester du vrai cinéma d’émotions et de divertissement.

jan 04

A la recherche de Mr. Goodbar

A la recherche de M GoodbarJeune femme bien élevée, issue d’un milieu catholique, éducatrice dans une école pour enfants sourds, Theresa fréquente, la nuit tombée, les « single bars » des quartiers louches — ces bars pour célibataires où les rencontres sont faciles. Vertu le jour, débauche la nuit : telle est sa vie jusqu’à la rencontre de Tony (Richard Gere), un jeune voyou qui s’incruste, et la fait chanter… Ceci n’est pas une nouvelle version de « Dr Jekyll et Mr Hyde »! Rien de manichéen dans ce portrait d’une fille d’aujourd’hui, juste un peu paumée et sévèrement handicapée par une éducation rigide. Diane Keaton, maîtrisant son rôle avec une générosité rayonnante, nous le fait comprendre le temps et l’énergie que Theresa consacre à ses élèves handicapés, elle les sacrifie avec autant de bonne volonté à sa recherche de « Mr Goodbar », de l’oiseau rare, pas seulement la bonne affaire sexuelle. Elle se donne sans arrière-pensée, en quoi elle est sympathique. On regrette seulement que le film de Brooks reste aussi moralisateur et lourdement psychanalytique, d’autant plus que le dénouement prend une allure de péroraison puritaine — c’est dommage !

La route des Indes

Metteur en scène de « Lawrence d’Arabie » et de « Docteur Jivago », l’Anglais David Lean, qui n’avait pas tourné depuis quinze ans, évoque ici l’Inde coloniale des années 20. Une jeune Anglaise (Judy Davis) débarque à Chandra pore pour rendre visite à son fiancé, jeune magistrat rigide, en compagnie de la mère de celui- ci (la savoureuse Peggy Ashcroft, Oscar du second rôle). Un Indien, le docteur Aziz, les invite à un pique-nique malgré la réprobation générale. Que se passe-t-il au cours de cette promenade dans la montagne ? Toujours est-il que la jeune fille s’enfuit en accusant le médecin d’avoir tenté de la violer. Le procès qui va s’ensuivre, exploité par les mouvements nationalistes, va exacerber les sentiments anti-anglais de la population. Bref, cette énigme policière et psychologique d’une pesante ambiguïté se déroule dans le climat explosif d’un régime colonial finissant qui donne une résonnance impressionnante à cette nouvelle fresque de David Lean — remarquablement interprétée par la si anglaise Judy Davis et le surprenant acteur indien Victor Banerjee, sans oublier Sir Alec Guinness en gourou !

jan 04

Subway

Aux derniers Césars, « Subway » a récolté toutes les nominations possibles et imaginables. Sauf le second rôle féminin.., mais il n’y en a pas dans le film. A l’arrivée, seul Christophe Lambert a vraiment été couronné, recevant ainsi un « diplôme d’amour » de la profession — et indirectement du public. « Subway » souffre d’un scénario trop ambitieux et pas assez abouti, peut-être parce que très élagué au montage final. Besson place ses personnages dans un lieu clos et laisse venir… Il sait filmer une scène mais est moins à l’aise en conteur d’histoire. « Subway » est un événement parce que le film réunit quatre « stars » et quelques tempéraments. Côté stars, il y a Adjani qui a une présence de Joconde et une beauté de Botticelli-punk qui convient plus à la couverture d’un magazine de mode qu’à un film où ça bouge et parle.

Adjani

Mais son personnage d’Héléna, chargé de susciter l’amour fou, convient parfaitement à son genre d’hiératisme séducteur. Côté stars, il y aussi Jean-Hughes Anglade, le « roller », encore très bourgeon dans ce film, mais qui explosera dans le « 37 ° 2 le matin » de Beineix qu’il a tourné l’année suivante. Côté stars, il a Fred, alias Christophe Lambert, blond, balafré et complètement fêlé. Une nouvelle fois, Lambert donne à son personnage une emphase physique et émotionnelle qui vous saisit comme un ouragan. La dernière star, c’est le métro devenu une gigantesque résidence secondaire, pour les échappés de la nuit, un palais de couloirs labyrinthiques et de portes cachées ouvrant sur d’autres univers. Il se passe toujours quelque chose dans le métro… Il y a aussi les « tempéraments », ces rôles secondaires qui donnent son atmosphère au film : Richard Bohringer, Michel Galabru, Jean-Pierre Bacri, Jean Bouise, etc. Avec tout cela, on se fiche un peu que l’intrigue ressemble à un polar-western de second ordre !

jan 04

La chair et le sang

La chair et le sangA la fin du Moyen-âge, à l’aube de la Renaissance, quelque part en Europe… Une bande de soudards mercenaires participe au siège d’une ville puis, au moment du pillage tant attendu, ils sont chassés par leur employeur, désarmés et dispersés par les troupes régulières. Dénichant par hasard une statue de Saint-Martin, ils y voient un signe du destin et, conduits parus prêtre fanatique et sans scrupules, décident de se venger. Ils attaquent un convoi et s’emparent d’une princesse qui était promise au fils du seigneur qui les a grugés. Forts de cet otage, ils vont commencer leur irrésistible ascension… Voilà décidément un film historique pas comme les autres ! La cruauté, la violence et le cynisme remplacent ici les idéaux de la chevalerie et autres fariboles héroïques c’est dire que Paul Verhoeven a plus de chance d’être proche de la vérité… Finis les feux communs qui nous firent rêver quand Hollywood régnait sans partage. Le réalisateur hollandais de ce « Flesh and blood », très à l’aise dans les scènes de bataille et de saccage, nous offre surtout une vision originale d’une époque où la civilisation émergeait à peine de la sauvagerie. Quant à l’érotisme, il est cru et sans concession : le rôle d’Agnès (Jennifer Jason Leigh) sort de l’ordinaire !

La comtesse aux pieds nus

La comtesse aux pieds nusIl pleut sur un cimetière italien. La caméra s’avance, glissant doucement vers une statue blanche, qui représente une très belle femme aux pieds nus. La comtesse qui vient de mourir, c’était Maria Vargas. Autour de sa tombe, les acteurs et témoins du drame vont évoquer la vie passionnée de cette star d’Hollywood qui aura, toute sa vie, cherché le Prince Charmant… « La comtesse aux pieds nus » reste un véritable film-culte pour les cinéphiles. D’abord à cause de sa construction audacieuse : une série de flashes-back qui partent de l’enterrement de l’héroïne et qui racontent sa vie avec des chassés-croisés, rompant subtilement avec la chronologie. Ensuite, à cause du glamour irrésistible d’Ava Gardner, et à cause de la lucidité désespérée de Bogey dans le rôle du metteur en scène qui sera toujours son ami le plus intime. Enfin, parce que c’est le monde fascinant du cinéma qui est le thème principal de cette œuvre superbe, qu’on ne se lasse pas de voir…